LA GUERRE ENTRE AMAZON ET LES LIBRAIRES : LA VERITÉ EN COULISSES

 

LA GUERRE ENTRE AMAZON ET LES LIBRAIRES : LA VERITÉ EN COULISSES

 

  • Parce que vous, lecteurs, avez le droit de savoir
  • Parce qu’il faut que les libraires comprennent mieux la situation

Le roman « L’Homme à la tête de chat » est sorti fin avril 2018. Avant sa parution, mon équipe et moi-même nous sommes rendus au salon du livre à Paris dans le but de trouver des partenaires distributeurs et diffuseurs.

Qu’est-ce qu’un diffuseur ?

C’est une entreprise composée essentiellement de commerciaux. Ce sont eux qui sont en contact avec les points de ventes* et qui « placent » les livres dans leurs rayons. Ils ont un catalogue constitué des livres « proposés » par les maisons d’éditions.

* Ces points de vente peuvent être des librairies mais aussi des points relais ou stations-services, supermarchés, etc.

Je mets volontairement des guillemets au mot « proposé » car il est inadapté. En effet, le diffuseur gagne de l’argent sous forme de commissions lorsqu’un des livres qu’il a placé chez le libraire se vend.

Pour gagner de l’argent, il est clair qu’il a intérêt à placer des romans de Marc Levy ou Musso plutôt que des œuvres d’auteurs inconnus même s’ils sont talentueux. Ainsi, la maison d’édition imposera quelques nouveaux romans de la façon suivante, grossièrement ça donne : « je te file un Lévy mais en contrepartie tu me prends trois nouveaux romans ». Le diffuseur ne gagnera sûrement pas grand-chose avec les nouveaux romans mais il se rattrapera sur le best-seller.

Ainsi, si vous êtes une jeune maison d’édition, vous n’avez AUCUNE CHANCE de travailler avec ces diffuseurs.

Le seul qui a eu la gentillesse de nous adresser la parole au salon du livre nous a pris de très haut :

—     « Combien avez-vous imprimé d’exemplaires de votre ouvrage ?

Quoi ? 6000 ? C’est une hérésie ! Si vous en vendez 300 estimez-vous heureux… »

Je remercie ce Monsieur, car c’est justement le genre de propos qu’il fallait me tenir pour me rendre encore plus combatif (cf : « les montagnes de raisons » dans le roman).

« Eh… Monsieur à la cravate marron : on en a presque plus en stock, on a déjà lancé un deuxième tirage ! »

On s’est fait jeter de partout. Chez les distributeurs, pas mieux. On nous a aimablement expliqué qu’on ne pas distribuer un éditeur avec un seul livre au catalogue. Porte close.

« Ben oui, mais il faut bien commencer hein ? »

Pas de distributeur à Pas d’accès à la plateforme PRISME

PRISME ? Kezako ?

PRISME est un logisticien qui envoie des livres aux libraires. Cette plateforme travaille avec les distributeurs qui leur amènent chaque jour dans leur entrepôt de grandes quantités de livres et qui ont donc des tarifs négociés pour que l’envoi de passe bien et à moindre coût pour le libraire qui prend sa marge de 30% qui lui permet de vivre.

  • Alors comment assurer la logistique de nos 6000 livres ?
  • Comment faire pour le vendre ?
  • Comment faire pour l’expédier à un client dans de bonnes conditions ?

Vous avez bien compris qu’il ne sera pas dans les rayons de la FNAC ou des libraires ni dans les stations-service de l’autoroute.

Devant autant de difficultés, il y a de quoi se décourager.

Oui mais non ! Ne Jamais se décourager, n’écouter personne (règle N°1).

Pour le vendre, il faut le placer sur toutes les market-places sur internet : Amazon, Fnac.com, Rakuten etc. On peut même créer une boutique en ligne avec un paiement sécurisé 3D secure, Paypal et tout le tintouin (https://terre-en-ciel.com)

OK.

Mais ce n’est pas fini : comment faire pour que quand un client achète notre livre en ligne, il soit livré dans de bonnes conditions ?

Et là, il n’y que DEUX solutions qui s’offrent à nous :

  1. Louer un garde meuble et à chaque fois qu’il y a une ou plusieurs commandes, prendre les livres, les mettre dans des enveloppes à bulles et aller à la poste.

Je précise que le bébé pèse 520g et que le timbre vaut 6,40€ pour l’affranchir !

Donc l’envoi pèse 6,40 € + le prix de l’enveloppe à bulle + la journée passée à :

 

—     Mettre les adresses sur les enveloppes

—     Aller au garde meuble

—     Affranchir les enveloppes

—     Aller à la poste

Sachant que : 1 livre sur 4 n’arrive jamais ou arrive abimé. Je sais de quoi je parle !

Sachant que : on vend parfois 50 à 100 livres par jour !

  1. Utiliser le service « Expédié par Amazon »

On envoie notre stock à un entrepôt Amazon.

Ensuite, on synchronise les boutiques en ligne avec Amazon : quand une commande est passée (sur notre site ou sur un autre), elle est automatiquement transmise à Amazon qui envoie le livre en Chronopost ou colis suivi pour 4,60 € !

1 livre sur 400 environ n’arrive pas et dans ce cas, Amazon nous rembourse et renvoie le livre.

En plus, grâce au suivi précis, on sait exactement où est le livre.

Une fois le système mis en place, je n’ai plus rien à faire…

Donc, entre 1 et 2, que choisissez-vous ?

Alors quand les libraires voient un colis Amazon arriver chez eux, il prend bizarrement une couleur rouge…

Quand on leur facture une participation aux frais de port, ça diminue leur marge et ils ne sont pas très contents non plus.

Si on leur facturait 6,40 € de timbre et le conditionnement, ils feraient une marge négative !

Les libraires appellent communément AMAZON le fossoyeur de libraires.

C’est un raccourci et une vision naïves des choses.

Les vrais fossoyeurs sont les distributeurs et diffuseurs qui persistent à rejeter toutes les maisons d’éditions qui n’ont pas assez de livre à leur catalogue, et surtout qui n’ont pas d’auteur « Vache à lait » comme ceux que vous connaissez.

Attention : pas d’amalgame, je n’ai rien contre ces auteurs à grande diffusion. J’adore Paolo Coehlo par exemple. Ne pas tout mélanger.

Conclusion :

Si des libraires nous en veulent parce qu’on utilise Amazon comme postier, comprenez bien que ce n’est pas par plaisir, mais simplement parce qu’on ne nous a pas laissé d’autre choix !

Libraires, lecteurs, anti AMAZON, comprenez bien comment fonctionne le système de l’édition.

Et cessez de sans cesse les pointer du doigt car sans eux, nous n’existerions pas. Ils ont quand même permis à beaucoup d’auteurs de s’auto-éditer et pour certain, d’en vivre.

Renseignez vous sur le prix Renaudot 2017. Le lauréat n’est autre qu’un auteur (Marko Koskas) qui s’est fait rejeter par le monde de l’édition et qui s’est auto-publié !

Quand les libraires se sont trouvés obligés d’acheter son livre sur Amazon, ils n’étaient pas contents du tout.

Mais est-ce la faute d’Amazon ou celle d’un monde de l’édition complètement fermé et qui sent le moisi ?

A méditer.

Daniel Tahl.

Partager sur :

3 réponses sur “LA GUERRE ENTRE AMAZON ET LES LIBRAIRES : LA VERITÉ EN COULISSES”

  1. Bonsoir,
    J’ai été libraire, et je connais bien le système, verrouillé par les éditeurs, justement. Qui se servent d’ailleurs des libraires comme de banquiers qui leur avanceraient de l’argent (les fameux offices, envoi d’offices d’ouvrages venant de paraître, sur la base d’une grille de choix de thèmes).
    Après, le monde de l’édition est en train de changer, et beaucoup de confrères ont fermé, faute de clients.

    En dehors de toute polémique, je n’imagine pas un monde où je devrais commander un livre sur la seule foi d’une critique : j’ai déjà été tellement déçue !
    Ceci dit, je suis passée à la liseuse numérique, parce que ma maison déborde de livres (10.000 ? 20.000 ? Plus ? Il y a longtemps que j’ai arrêté de compter.
    J’achète numérique pour découvrir (les fameuses offres à quelques centimes), ou pour des éditions faciles à lire (j’avoue, je suis une fan de bit-lit), mais j’achète les livres papier que je veux garder, lire et relire.

    Et j’adore flâner dans les librairies, toucher, sentir, respirer les nouveaux livres, avoir un coup de coeur, découvrir un livre qui manque à ma collection sur un thème…

    Actuellement, je dois lire entre cent et deux cents livres par an, tout confondu (nouveautés, relectures, papier, numérique).

    Et je me dis à chaque fois qu’il faut que je reprenne mes “critiques” (j’ai horreur du terme, négatif par essence), ne serait-ce que pour garder trace de mes lectures car, au bout de quelques années, les titres s’estompent dans ma mémoire. J’avais commencé pour un journal local, puis pour un site.

    En attendant, bravo pour ce bel objet, et surtout pour votre persévérance et votre témoignage.

  2. Pour ma part je suis aller en 1er voir ma libraire car j aime faire marcher les petit commerce mais elle en avait entendu parlé mais n a pas pu me l avoir. Suis donc allée a la fnac et cultura qui ne l avait pas non plus donc après bcp d hésitation je l ai acheté sur internet et pr tout dire j ai été très surprise de la rapidité de l envoie. La prochaine fois après ma libraire je ne cherche plus.

Répondre à admin3997 Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *