Chapeau bas Gringo !

Hommage à Bernard Lavilliers

 

Le temps est venu de rendre un réel hommage à mon ami Bernard, celui qui m’accompagne en musique parfois lorsque j’écris. Je le considère en effet comme mon ami, sans que l’on ne se soit jamais rencontrés, et vous allez savoir pourquoi.
Il n’est pas question ici de refaire sa biographie ou de passer en revue sa discographie, de nombreux articles sur le net le font très bien. Cet article tente plutôt d’expliquer comment je ressens cet artiste et son génie en tant qu’auteur et musicien. Ma lecture mettra en lumière des recoins de son œuvre que l’on connait moins mais qui à eux seuls permettraient de le mettre au premier plan, comme il le mérite selon moi.
J’écris toujours avec mon casque rempli de musique sur les oreilles, faisant défiler les heures et les notes, et parfois les paroles, que j’entends sans que ma conscience ne s’y accroche. Je voyage…
Et s’il est une musique qui invite au voyage c’est bien celle de Bernard !
J’ai 45 ans et ne l’ai découvert que dans les années 1990, avec son album « Solo ». A l’époque je jouais dans un groupe de rock en tant que guitariste, et c’est le batteur qui m’a fait découvrir cet album. Je me suis vite retrouvé au « Manila Hôtel », en « Jet-Lag » …

A l’époque, je n’écrivais pas encore, et je crois bien que j’ai vraiment appris à comprendre cet artiste après avoir écrit mon premier roman et mes premiers poèmes. J’ai commencé par réécouter par hasard des vieux tubes comme « Noir et Blanc » ou « Idées noires », puis j’ai acheté les albums qui les contiennent. Alors je suis tombé sur cet album chef d’œuvre « Etat d’urgence » …

Mais je suis vraiment tombé !

 

« Au fond des corridors
Enfants des courants d’air… »

 

J’ai écouté en boucle le morceau QHS et j’ai été frappé par la force et la profondeur de ses mots.
Ça sent un peu le vécu sûrement, mais surtout la souffrance. N’est-ce pas ce qui fait la consistance de l’artiste ? Cette mélancolie qui coule de partout dans cet album, la noirceur parfois qui nous remplit l’esprit, elle aura atteint tous ceux qui les ont ressenties. Certains auront trouvé tout cela trop glauque, et d’autres comme moi, se baignent dans son spleen musclé et racé.
Et là, si on écoute bien, notamment « Le clan Mongol », on retrouve le concept du guerrier, de l’ultime vérité que votre serviteur a développé dans « L’Homme à la tête de chat ».

 

« Je suis prêt à mourir demain
Je suis prêt à partir très vite
Regard d’acier je ne dis rien
J’ai dépassé la limite »

 

Quand on lit ces vers, on a tout compris : Bernard fait partie de ces guerriers invincibles.
Parce qu’il est « prêt à partir très vite », il est prêt à tenter toutes les folies, à tout se permettre. C’est pour cela aussi qu’il a si bien réussi. Il avait déjà compris tout ça en étant jeune.
Donc Bernard est un philosophe, et pas seulement un musicien et un poète. La poésie ne vient elle pas avec la philosophie ? Dans son cas, c’est une évidence. Je ne peux qu’être ami avec lui 😉
Ses textes parlent de voyage, mais sont souvent aussi un « crochet au foie »[1] du système. Il n’aime pas la politique Bernard, et dénonce sans les citer les « ordures de haut niveau » (« 5mn au paradis »). J’aurais pu le dire à sa place. Alors c’est ça ? Je suis anarchiste ? Alors d’accord.
Mais revenons à l’artiste. Sa poésie, tantôt teigneuse, tantôt déjantée, relève simplement d’un grand talent. Un talent qui lui aura été inspiré par ses maîtres dont Louis Aragon. Je vous invite à écouter son adaptation musicale « Est-ainsi que les hommes vivent ? ». L’adaptation avait déjà été produite par Léo Ferré. Le texte est génial, évidemment, mais il a été porté au firmament par la musique et les arrangements.
Et là, je fais une habile transition sur la musique. En tant que guitariste depuis près de 30 ans, je ne pouvais évidemment pas passer à côté du sujet. Bernard est un musicien et s’il ne peut pas pratiquer tous les instruments à la fois, il a su s’entourer des meilleurs musiciens du secteur, et ce, depuis bien longtemps…
Au cours des époques et des albums, l’oreille du musicien aguerri reconnaîtra différents courants et les monstres influents.
En vrac et à titre d’exemple :
« Fauve d’Amazone » me fait penser à Jaco Pastorius dans « Barbary coast » de Weather Report
(bien écouter la basse)
« Lettre ouverte » (du même album) me fait penser à Franck Zappa dans ses changements de rythmes soudains (1’12) et ses arrangements à tomber par terre.
Et la guitare ? Steve Vai ou Ricthie Blackmore ?
Il y a du métal dans cet album, n’est-ce pas ? Mais Bernard « n’appartient jamais à personne »…
Sa culture est tout simplement immense. Il a lu les plus grands poètes et écouté toute la musique du monde, en passant bien évidemment par le Brésil. Si tu vas à Rio, n’oublie pas Barreto !
Tiens, j’écoute un peu et j’entends ses percussions dans « Muse », avec un son plus moderne. Pour le coup, on ne pourra pas dire que c’est mon imagination.
Je finirai par une mention spéciale pour le morceau « 5 minutes au paradis » extrait du dernier album du même nom.
Alors là franchement… J’ai adoré ce morceau à la première écoute (rare).
Maturité de l’écriture, de la voix aussi, Bernard vieillit comme un grand cru de vin de Bourgogne (à moins qu’il en pousse à St Etienne ?).
Tout est dans l’excellence ici, rendons aussi hommage à Fred Pallem qui en a fait un véritable bijou avec ses arrangements énormes de musique de film.
22 albums qui contiennent une richesse à la fois musicale et poétique inégalée tant en termes de longévité que d’intensité.
Alors…chapeau bas, et longue vie au Gringo !
Daniel Tahl.
PS : T’as vraiment lu Machiavel ?
[1] Référence au morceau « 15e Round »
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